C'était il y a 12 ans, le 1er mai 1997, au même endroit que cette année, que s'établissait le premier teknival dans le département de l'Eure. Le portail des carrières Morillon-Corvol, à Bouafles, furent investies par plus de 15000 fêtards et autres curieux.
Le 30 avril 2009 ce sont 8000 d'entre eux qui reviennent pour y passer le week end. Dans la nuit du vendredi 1er mai au samedi 2 mai, des estimations sérieuses donnaient 25000 personnes. Les derniers participants sont partis lundi matin.
La technique d'invasion est toujours la même : prise de vitesse des autorités et investissement des lieux en très grand nombre. L'information est relayée extrêmement rapidement par le biais du téléphone et d'internet et ce sont des hordes de véhicules qui investissent les lieux. Les plus malins "garent" leur véhicule en dehors de l'enceinte et circulent en évitant les nombreux contrôles des forces de l'ordre ( 300 gendarmes mobilisés dont 3 équipes cynophiles et un hélicoptère). Les pompiers et la Croix-Rouge étaient présents pour assurer un poste de secours. Les services de secours ont procédé à 13 évacuations sanitaires. 98 personnes ont été interpellées, 22 ont été placées en garde à vue pour détention de stupéfiants.
Anglais, Belges, Danois, Allemands, Néerlandais, Italiens, Espagnols, certains "teufeurs" venaient de loin. Autour de ce rassemblement gravitent également des électrons libres en "week-end d'affaires". Outre le fait qu'un teknival est, de sources sûres, un marché ouvert à toutes les drogues légales ou illégales, il n'est pas rare de trouver des stands de sandwiches, de friandises, de vêtements, de disques ou d'objets de décoration. La petite entreprise du teknival ne connaît pas la crise...?
La bonne opération du week end est à noter du côté de la boulangerie de Courcelles-sur-Seine avec la vente de 1000 sandwiches, soit 50 fois la quantité habituelle. Le bar tabac était fermé pour le week-end...
Les habitants des alentours, désireux de dormir tranquillement, ont passé, de sources certaines, un week-end fatigant. Les explosions de sons se faufilaient sur plusieurs kilomètres, une cinquantaine de sound systems faisaient bouger les teknivaliers. Des sons étaient perceptibles depuis Vernon.
Certains riverains n'ont pas hésité à se promener au sein même de cette fête du village surprise, les gens ne sont pas agressifs, le seul risque est de perdre un tympan en route.
Samedi après-midi un jeune homme de 26 ans a été retrouvé mort dans son véhicule, un arrêt du coeur a été diagnostiqué mais les circonstances restent, à l'heure actuelle, encore inconnues.
En ce qui concerne la propreté du site, même si certains teknivaliers avaient rassemblé de nombreux sacs poubelles, il faudra attendre l'intervention de la communauté de commune et des services techniques de la ville des Andelys pour finir de ramasser tous les détritus; suivra une société spécialisée pour désinfecter le site.
Dimanche après-midi, quelque part sur le lieu de l'événement :
Un teknival ou tekos, contraction de tekno et de festival, est un rassemblement de plusieurs sound system qui peuvent venir librement installer leur « son » (système de sonorisation) pendant plusieurs jours consécutifs. C'est la présence de plusieurs sound system et la durée de la fête qui fait la différence entre une free party (généralement pas plus de 48 heures et avec un seul sound system) et un teknival (entre trois et cinq jours et avec plusieurs sound system). Ce type d'événement rassemble généralement plusieurs milliers de teufeurs et ne se limite pas au pays où ils se tiennent, les participants étant prêts à faire plusieurs centaines de kilomètres pour y participer. Certains teknivals sont traditionnels et ont lieu chaque année, par exemple les teknivals du nouvel an, le CzechTek ou en France, celui du 1er mai, le teknoz de bretagne (contraction de tekos et fest'noz) et le teknival du sud au mois d'aout.
En France, les premiers teknivals furent organisés par les Spiral tribe et ont tendance à s'officialiser suite à la loi sur la sécurité quotidienne votée le 29 mai 2001.
Les idées des Spiral Tribe peuvent être résumées par le slogan « free music for free people ». Cette philosophie dénonce l'industrie musicale et culturelle, prône et applique l'autogestion, l'autonomie, le respect de l'environnement. Elle comprend une critique du capitalisme, une certaine tendance vers l'anarchisme et est proche du mouvement Do It Yourself (DIY) et de la conception des « Zone d'autonomie temporaire » (ZAT) théorisées par Hakim Bey.
Sur un plan plus pratique, le concept de sound system a été repris de la communauté immigrée caribéenne. Musicalement, les Spiral ont été influencés par l'acid house, et par le fameux club de Manchester The Haçienda, qui a fait découvrir à toute une génération ce qu'était la musique électronique amplifiée.
La forme de la spirale a donné son nom à la tribu ; on retrouve le motif sur plusieurs flyers et pochettes de disques vinyles produits par les Spiral. D'après l'un des membres, le nom de la tribu lui a été inspiré par un poster affiché dans un bureau où il travaillait, représentant une coquille d'ammonite composée d'une spirale dont tous les points la composant sont interconnectés.
Depuis sa création, le groupe se montre obsédé par le nombre 23. On le retrouve ainsi sur de nombreuses pochettes, posters et flyers. Des soirées ont souvent été organisées le vingt-troisième jour du mois. Plusieurs vinyles sont sortis sous le code générique SP23 ; enfin le premier label fondé à Paris pour sortir leurs productions musicales s'appelait Network 23. Ce dernier nom est lui-même présent dans l'un de leurs premiers morceaux dans un sample issu de la série Max Headroom : « this is network 23, the network that means business now transmitting live to the world ».
D'autres personnes célèbres, en particulier dans le monde littéraire, ont attaché de l'importance à ce nombre. C'est ainsi le cas de l'écrivain William S. Burroughs qui le glissait dans toutes ses histoires, et aimait à interpréter toutes les apparitions du nombre dans sa vie quotidienne afin de démontrer qu'elles n'étaient pas dues au hasard. Le nombre 23 est par ailleurs important pour le discordianisme et dans la trilogie Illuminatus de Robert Anton Wilson.
Droit : quelle est la réglementation ?
Les organisateurs doivent déposer une déclaration préalable auprès du préfet
Déposée un mois avant la date prévue, cette déclaration est obligatoire lorsqu’il y a :
- diffusion de musique amplifiée,
- participation de plus de 500 personnes,
-
annonce par tract, presse, internet, affichage…,
-
rassemblement sur des lieux non prévus à cet effet, représentant un risque pour la sécurité (hangars ou usines désaffectés, terrains avec dénivellations…).
La déclaration préalable doit notamment mentionner :
-
les coordonnées des organisateurs,
-
le jour, le lieu et la durée du rassemblement,
- l
'effectif prévisible de participants et de personnes qui concourent à sa réalisation,
-
l’information faite au maire qu’une manifestation va avoir lieu sur sa commune,
-
l’autorisation donnée par le propriétaire d’occuper son terrain,
-
la description des dispositions prévues afin de garantir la sécurité et la santé des participants, la salubrité, l'hygiène et la tranquillité publique.
Les organisateurs peuvent signer un «engagement de bonnes pratiques» qui stipule leurs obligations (sécurité, salubrité, tranquillité).
Celle-ci leur permet de bénéficier :
- d’un délai plus court pour le dépôt de leur déclaration : 15 jours
- d’une aide aux démarches administratives, notamment auprès des collectivités et des associations.
La décision d’autorisation appartient au préfet. Lorsque toutes les conditions sont remplies, le préfet délivre un récépissé de déclaration qui vaut autorisation.
Il peut interdire le rassemblement :
-
si les mesures de sécurité prévues sont insuffisantes,
-
si la tenue de la rave-party présente des risques graves pour l’ordre public.
- Il peut faire intervenir la police judiciaire pour saisir le matériel en cas de violation d’une interdiction.
Rave-parties, les textes :
- Article 53 de la loi du 15 novembre 2001 qui complète celle du 21 janvier 1995.
- Article 23-1 de la loi du 21 janvier 1995
- Décret du 3 mai 2002 modifié par le décret n°2006-334 du 21 mars 2006, en application de l’article 23-1 de la loi du 21 janvier 1995.
- Arrêté du 3 mai 2002.
- Circulaire du 24 juillet 2002 du ministère de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales.